HISTOIRE DE LA FEVE

Histoire de la fève de collection

La fève des rois objet païen ou sacré,
mais toujours symbolique


Du culte au soleil par les Grecs et les Egyptiens au Chrétiens qui en firent une célébration religieuse, la fête des rois n'a plus d'âge. La fève qui y est associée remonte à la nuit des temps et porte avec elle la symbolique de la vie et de la mort, donnant lieu à toutes les dévotions et aussi à tous les débordements. Guère étonnant alors, qu'elle soit l'objet de tant d'intérêt et de recherches…


Le roi élu par le sort
Origine d'une tradition
Un instrument du destin ?
L'apparition de la porcelaine
Importation allemande
1900-1914 : l'âge d'or de la fève des rois
La fêve et l'après guerre

Les coutumes de la fête des rois paraissent ancestrales. Galette ronde et dorée, brioche en forme de couronne et autres gâteaux gras et ronds, autant de formes solaires de ce dessert rituel dans lequel on cacha une fève, un Enfant Jésus ou divers objets en porcelaine. Contrairement aux apparences, l'origine de cette fête n'est pas chrétienne. Les Egyptiens, les Grecs, les Perses célébraient le 6 janvier, le culte du soleil Ce sont les premiers chrétiens, au IIe siècle, qui christianisèrent la fête païenne, pour tenter de réduire l'influence de la religion de Mithra et firent de la fête une autre apparition : celle des rois mages. Cependant, les coutumes bachiques restaient vivaces : du XIIIe au XVIIIe siècle, « rois et évêques des fous » présidaient aux banquets, aux orgies. « La fête des fous » donnait le droit de tout se permettre durant sept jours : voler, violer, se laisser aller à tous les vices. Lorsqu'elle disparut, la coutume d'élire un roi pour le jour de l'Epiphanie demeura, même pendant la Révolution où la galette s'appelait « gâteau de l'Egalité ».


Le roi élu par le sort



Cette élection avait, depuis longtemps, ses rites : on glissait une fève dans la galette (en souvenir des élections grecques où les fèves dénombraient les voix), puis le plus jeune des convives, sous la table, dirigeait la distribution : une part pour maman, pour papa, sans omettre la part de Dieu qu'un pauvre ne tardait à venir réclamer en chantant. Celui qui trouvait la fève était élu roi, puis désignait une reine en jetant sa fève dans son verre. Nul ne devait boire avant le roi tandis que ses compagnons s'écriaient « le Roi boit ! », respectant ainsi sans le savoir un des derniers vestiges du vieux culte dionysiaque. Etre roi ce jour là portait bonheur pour le reste de l'année… trouver la fève était aussi signe de fécondité. Aujourd'hui, ces rites n'ont pas changé. Les pâtissiers assurent même que certaines familles tirent les rois plusieurs fois au cours du mois de janvier…


Origine d'une tradition



Au début du printemps, bien avant Pâques, les gousses vertes et charnues des fèves permettaient en période de Carême, de rompre avec la cuisine d'hiver, où légumes secs et racines accompagnaient les repas. Depuis l'antiquité, la plante est représentative du printemps et symbole des morts. La fève est une plante essentielle dans la pratique du culte des morts et symbolise par son aspect, l'embryon. La consommation des fèves est également un moyen essentiel de communiquer avec l'au-delà. Dans plusieurs cultures, elle représente l'enfant mâle à venir, parce qu'elle contient l'âme d'un ancêtre de sexe masculin. Pour les anciens Egyptiens, un champ de fèves correspondait au lieu où les âmes des ancêtres, attendaient leur réincarnation.


Un instrument du destin ?



Il serait donc difficile de ne pas accorder une signification particulière à la coutume en Europe occidentale de remplacer la fève de la galette des rois, par un bébé, un petit Jésus ou un poisson. « L'histoire de la fève est liée à celle de l'homme » explique Jean-Louis Crochon, président d'une association fabophile dans la région PACA. « Elle a longtemps occupé une place religieuse, avec la dominante symbolique que sa forme lui confère » La fève est l'instrument du destin dans les pratiques de divination ou de magie, ou élément du hasard lors du tirage au sort d'une corporation ou du roi de la fête. « On cite l'anecdote du gâteau partagé par Louis XV en compagnie de ses trois petits-fils, les futurs Louis XVI, Louis XVIII, Charles X, où la fève, coupée en trois morceaux fut l'annonce prophétique des règnes successifs des trois frères ».


L'apparition de la porcelaine



Si elle perdure dans le traditionnel gâteau, la symbolique qui s'y rattache s'est peu à peu oubliée. C'est au XIXe siècle, lorsque l'industrialisation se développa, que la fève légume, jusque-là introduite dans le gâteau des rois, fut remplacée par un sujet en porcelaine. Cette substitution, par les nombreuses figurations qu'elle autorise, a permis d'élargir le champ de la symbolique lié à la fève, politique, artistique, sujet de bande dessinée ou de film.


Importation allemande



Au XIXe siècle, l'Allemagne est le plus grand fabricant de jouets au monde. Dès 1877, Gottschalk, agent de fabriques allemandes, importateur de jouets en porcelaine, décide de figurer aussi dans l'annuaire du commerce sous la rubrique « article pour confiseur ». Le petit baigneur nu reste pendant quelques années son unique modèle. Il est en porcelaine tendre, émaillée de blanc, rehaussé de quelques touches de couleur aux yeux, lèvres et cheveux. En 1888, la production se diversifie. Apparaît alors le bébé en chemise, bientôt le modèle le plus répandu. De même, d'autres modèles sont proposés, dont les fèves haricots, répliques des vraies, avec en leur sein, un poupon, dont seul le visage se découvre. Les rois et les reines datent aussi de cette époque. De ces années, on trouve également de rares livres cartes en os, corne ou ivoire, qui se présentent en deux parties repliées sur elles-mêmes.


1900-1914 : l'âge d'or de la fève des rois



1900-1914 : l'âge d'or pour la fève des rois. Les modèles deviennent très variés : la libellule, très rare, car fragile et difficile à démouler, l'ange ou la femme libellule, peu répandus, les bébés dans le sabot, les jumeaux couchés, tous ces modèles d'avant 1914 sont les plus recherchés, le père Fouettard ou le père Janvier présidant aux étrennes des enfants, au début du siècle le thème de la botte était lié aux cadeaux. « Les nourrissons langés serrés comme l'Enfant-Jésus ont dû être fabriqués à des millions d'exemplaires, raconte J.P Crochon. On aime alors les porte-bonheur, les amulettes, les gris-gris : trèfles à quatre feuilles, fer à cheval... Puis apparaissent le téléphone, le phonographe, les avions, vieux tacots…. Ou les fèves symboliques. »


La fêve et l'après guerre



La guerre de 14-18 met fin au commerce entre la France et l'Allemagne, mais des sujets sont suscités par le conflit : Alsacienne, cochon coiffé d'un casque à pointe et armé d'une baïonnette, cloche. Capitale française de la porcelaine, Limoges reprendra la suite. Franques-Ducongé se lance dans la création des fèves, de facture grossière en porcelaine blanche parfois rehaussée d'un trait de bleu marine sombre. D'autres firmes sont plus inventives comme Laplagne. De nouveaux sujets virent le jour, des Pierrot, pipe, voiture de course, Charlot, Mickey... Tous ces modèles sont encore utilisés dans les années 50. De cette date et pendant 10 ans, le plastique est roi. Le boom économique commence, il faut produire vite et beaucoup. Plus de 300 modèles de fèves plastique voient le jour : DS, Vespa, 4 CV… Principaux fabricants : Limoges-Castel et Magenta-Uniplast. Ce quasi-monopole de la fève plastique s'atténue dans les années 60, pour passer à la fève en faïence que relancent les santonniers de Provence. Elles sont encore fabriquées de nos jours.



Dominique Jacquemin
Chineur n°28 – Février 2000



Article ajouté le 2007-08-16 , consulté 76 fois

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